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Etat de la corruption en 2018 : La douane déclasse la police municipale et prend la tête


Actualites

Le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) a présenté son rapport 2018 sur l’état de la corruption au Burkina, ce lundi 30 septembre 2019 à Ouagadougou. La douane et la police municipale occupent respectueusement les première et deuxième places, et l’exemplarité de l’Etat n’est pas perceptible.



Pour l’année 2018, la douane est perçue comme le service où les pratiques de corruption ont été les plus fréquentes. C’est ce que le rapport 2018 sur l’état de la corruption au Burkina Faso indique, d’après l’enquête du Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC).

La police municipale, quant à elle, perd sa place de leader de 2017 et occupe la deuxième place en 2018. Suivent successivement la DGTTM (Direction générale du transport terrestre et maritime), la gendarmerie nationale, la police nationale, l’enseignement secondaire et la justice.

Des exemplaires du rapport ont été remis symboliquement aux partenaires

Comparativement au rapport 2017, la SONAGESS (Société nationale de gestion des stocks de sécurité alimentaire) et le CCVA (Centre de contrôle des véhicules automobiles) ont fait leur apparition dans le classement de 2018.

Les résultats du rapport indiquent que la corruption demeure un phénomène fréquent au Burkina Faso. « Tout comme en 2017, sept enquêtées sur dix estiment que la corruption est fréquente, voire très fréquente, au Burkina Faso », enrichit le document.

L’enquête de la perception de la corruption a porté sur un échantillon de 2 016 personnes âgées d’au moins 18 ans dont 50,1% de femmes et 71,1% de scolarisés. Le sondage s’est déroulé du 8 au 20 novembre 2018 sur la base d’un échantillonnage par quota tiré de la population en adéquation avec le Recensement général de la population et de l’habitation (RGPH 2016) dans les treize régions du Burkina.

 

Des ordres de mission visés avant la date

Il ressort, des expériences de corruption vécues au quotidien par les citoyens, que 327 personnes, soit 16% des 2 016 enquêtées, ont offert directement au moins une rétribution illégale en 2018 à un agent public en échange d’un service non-soumis au payement.

Ce document du REN-LAC révèle également des témoignages des enquêtés. Comme celui-ci : « Ce sont les ordres de mission qu’on vise au commissariat pour le retour. Lors de nos rencontres au service de l’agriculture de Manga, on cotise une somme pour aller donner aux policiers pour qu’ils visent nos ordres de mission avant le jour-j. On était 44 et chacun a donné 1 000 francs donc en tout 44 000 francs », a confié un salarié de 42 ans à Manga.

 

Appréciation des actions de lutte anti-corruption

Le rapport note que près de la moitié des enquêtés (49,6) ne sont pas satisfaits de l’action du gouvernement contre la corruption au Burkina, contre seulement 15,7 qui déclarent être satisfaits.

« L’analyse montre que la détermination du président du Faso ainsi que son gouvernement à lutter contre la corruption n’a pas été très perceptible », a indiqué Sagado Nacanabo, le secrétaire exécutif du REN-LAC. C’est pourquoi, le REN-LAC appelle à plus de volonté politique et d’exemplarité au sommet de l’Etat.

Sagado Nacanabo, secrétaire exécutif du REN-LAC

Parlant d’exemplarité de l’exécutif, deux faits majeurs ont été cités à titre illustratif : « la rocambolesque affaire de perte d’argent à la résidence de la ministre de Promotion de la femme et de la Solidarité nationale, Marie Laurence Marshall Ilboudo, et la somptueuse villa de l’ancien ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants, Jean Claude Bouda, à l’occasion de la fête du 11-Décembre à Manga ».

Le pouvoir législatif aussi a manqué d’exemplarité. Comme bel exemple, le président de l’Assemblée nationale himself, qui, selon le rapport, s’est particulièrement distingué au cours de l’année 2018 à travers des actions populistes de solidarité et de charité qui suscitent toujours de nombreuses interrogations au sein des institutions engagées contre la corruption. « Le rapport note que Bala Sakandé devrait plutôt peser de tout son poids pour faire voter, en tant que président de l’organe législatif, des lois à même de créer des conditions propices à la lutte contre la pauvreté (Ndlr) ».

 

Des sanctions disciplinaires systématiques…

Comme à l’accoutumée, le REN-LAC a formulé des recommandations pour une lutte plus efficace. A l’endroit des acteurs étatiques, il est demandé de prendre systématiquement des sanctions disciplinaires à l’encontre des agents publics impliqués dans des cas de corruption. Il faut améliorer le mécanisme de redevabilité dans l’exécution de la commande publique et adopter urgemment des textes sur la protection des lanceurs d’alerte et des dénonciateurs des pratiques de corruption.

Pour les acteurs non-étatiques, le REN-LAC leur recommande de poursuivre la veille citoyenne en matière de lutte contre la corruption et de veiller au traitement diligent des cas de corruption dénoncés pour susciter davantage des dénonciations.

Quant aux services perçus comme les plus corrompus, il faut « instituer urgemment des contrôles réguliers au niveau des activités perçues comme étant celles qui offrent le plus d’opportunités aux pratiques corruptrices ». Le REN-LAC recommande également d’instituer des séances de sensibilisation sur la corruption et ses méfaits.

Le rapport 2018 est un document de 149 pages scindé en deux parties. La première partie porte sur la méthodologie, la deuxième traite des résultats du sondage ainsi que l’analyse des actions de lutte contre la corruption au Burkina Faso et les recommandations.


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